La raison assiégée (I)
Je relis avec le même intérêt que lors de la première lecture le livre “La raison assiégée” publié par Al Gore, ancien vice-président des États-Unis à l’époque de la présidence Clinton, candidat malheureux contre G.W.Bush, et prix Nobel de la Paix pour son travail d’information et de sensibilisation aux enjeux environnementaux.
Le contexte de ce livre peut sembler éloigné du notre. Il est très marqué par le pays de l’auteur, et par la séquence historique (le second mandat de G.W.Bush) dans laquelle il s’inscrit. Cependant, le thème abordé (les atteintes très fortes aux conditions requises pour une démocratie vivante, fondée sur un débat public ouvert et rationnel autant que faire ce peut), et les enjeux mis en évidence (organisation de la société médiatique, politique de la peur, la politique de l’argent, la commodité du mensonge, l’atteinte à l’individu, etc.), sont autant d’enjeux tout aussi importants pour nous.
La peur à l’assaut de la raison
“La peur est la pire ennemie de la raison. Les deux sont essentielles à la survie de l’homme, mais leur relation est en déséquilibre constant. La raison peut parfois dissiper la peur, mais à l’inverse la peur bloque souvent la raison. Comme l’a écrit Edmund Burke en Angleterre vingt ans avant la Révolution américaine : “Nulle autre passion que la peur ne prive plus efficacement l’esprit de toutes ses capacités d’action et de réflexion.”
Nos pères fondateurs avaient un sain respect de la menace que fait peser la peur sur la raison. Ils savaient que, si les circonstances s’y prêtent, elle peut susciter la tentation d’abdiquer sa liberté au profit d’un démagogue promettant en échange la force et la sécurité. Ils craignaient, si la peur remplaçait la raison, que le résultat ne fût souvent la haine irrationnelle et la division. Comme l’écrivit plus tard le juge Louis D. Brandeis : “Les hommes craignaient les sorcières et brûlaient les femmes.”.” (p. 31)
Mondialisation économique pour le moins mal maîtrisée, urgences et défis environnementaux, incertitudes géopolitiques, situation économique nationale délicate et posant des problèmes significatifs pour l’avenir, difficultés croissante à faire vivre harmonieusement une société multigénérationnelle et multiculturelle, etc., etc. Les facteurs anxiogènes ne manquent pas. De là à ce que certains jouent sur les peurs légitimes que tout cela peut générer, il n’y a qu’un pas.
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